Robert Bowers avait affiché sa haine rabique des Juifs et ses idées suprématistes en ligne avant de planifier et d'exécuter méthodiquement son massacre à la synagogue Tree of Life faisant 11 morts et plusieurs blessés. L’auteur de la pire attaque antisémite des États-Unis, à la synagogue Tree of Life à Pittsburgh (Pennsylvanie, dans le nord-est du pays) le 27 octobre 2018, a été condamné mercredi à la peine de mort par un jury fédéral pour 63 chefs d’accusation, dont la qualification d’acte antisémite. Robert Bowers a tué 11 fidèles dans son attentat. Robert Bowers a été reconnu coupable en juin des 63 chefs d'accusation retenus contre lui, dont 11 chefs de crimes haineux ayant entraîné la mort, et a proposé de plaider coupable si la peine de mort était retirée de la table, mais les procureurs ont rejeté cette demande. Le mois dernier, un jury fédéral a statué que ce dernier était éligible à la peine de mort.
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Le jury à l’unanimité des 12 a approuvé la peine de mort
Les douze membres du jury ont voté à l’unanimité en faveur de la peine capitale à l’encontre de Robert Bowers. La décision de condamnation à la peine de mort se devait d’être unanime ; si un seul juré s’était opposé à la peine de mort, le prévenu aurait été automatiquement condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle. Le procès a duré 2 mois. Cette condamnation devrait être ensuite formellement prononcée par un juge fédéral. Toutefois, le ministère de la Justice ayant instauré un moratoire sur les exécutions fédérales, cette peine pourrait ne pas être appliquée.
Retour sur le massacre de la Synagogue le jour du Chabbat
Robert Bowers avait craché sa haine des Juifs et exprimé des idées suprématistes (prônant la supériorité de la race blanche sur les autres) en ligne avant de planifier et d’exécuter méthodiquement son massacre à la synagogue, où les membres de trois congrégations s’étaient réunis pour la célébration du shabbat. Bowers, 50 ans, chauffeur de camion, avait également blessé deux fidèles et cinq policiers. L’homme était entré dans la synagogue muni de trois pistolets Glock et d’un fusil AR-15, et avait laissé d’autres armes et munitions dans sa voiture. Il avait crié « tous les Juifs doivent mourir » puis avait ouvert le feu.
Ce procès a été l’occasion de relancer le débat sur la peine de mort aux Etats Unis. L’attentat antisémite avait beaucoup choqué outre-atlantique au point de relancer le débat sur la peine de mort
Le président d’alors en 2018, le Républicain Donald Trump, avait réclamé la peine de mort pour Bowers, une demande suivie par le ministère de la Justice et confirmée après le début du mandat du président démocrate Joe Biden le 20 janvier 2021. Mais alors que le candidat Biden s’était engagé en 2020 à abolir la peine de mort à l’échelon national, ce procès a ravivé aux États-Unis les débats autour de ce châtiment suprême encore pratiqué dans nombre d’États américains. Dès 2019, le procureur fédéral de Pittsburgh avait indiqué qu’il requerrait la peine de mort pour Robert Bowers, citant son « absence de remords » et « sa haine et son mépris » pour les Juifs.
Les plaidoiries finales portaient sur la sentence à infliger, les arguments de l’accusation et de la défense
Lors des plaidoiries finales, les procureurs avaient déclaré que le chauffeur de camion de 50 ans était motivé par la haine religieuse, rappelant aux jurés que Bowers avait diffusé des contenus antisémites en ligne avant l'attaque et qu'il avait depuis exprimé sa fierté à l'égard des meurtres. Ils ont exhorté les jurés à prononcer la peine capitale. Les avocats de Bowers ont demandé aux jurés d'épargner sa vie, affirmant qu'il avait agi parce qu'il croyait, de manière délirante, que les Juifs contribuaient à un génocide des Blancs. Par ailleurs, ses avocats ont soutenu qu'il souffrait d'une grave maladie mentale et qu'il avait vécu une enfance difficile.
Durant les débats du procès, son avocate Judy Clarke avait d'entrée reconnu que son client était bien l'homme qui avait tiré sur des juifs. «Il ne sert à rien de chercher du sens à un acte insensé», avait-elle défendu, cherchant avant tout à sauver la vie de Bowers plutôt qu'à plaider son innocence. Les organisations juives américaines ont, comme en juin, salué ce verdict, preuve selon l'American Jewish Committee (AJC) que «les États-Unis ne tolèrent ni haine ni violence contre les juifs et contre tout fidèle d'une autre religion».
Ainsi, en saluant le verdict de juin, l'AJC avait plaidé pour que «la lutte contre la haine antisémite soit le travail de toute une société, pas uniquement de la communauté juive». Les États-Unis comptent le plus grand nombre de personnes juives au monde, derrière Israël. Il y avait en 2020, selon l'institut Pew Research Center, quelque 5,8 millions d'adultes juifs aux États-Unis, qu'ils soient religieux ou pas, auxquels s'ajoutent 2,8 millions de personnes adultes qui revendiquent un parent juif.
Les exécutions sont relativement rares dans le système fédéral
Les exécutions sont relativement rares dans le système fédéral. 50 personnes ont été exécutées depuis 1927, la dernière le 16 janvier 2021, lorsque le triple meurtrier Dustin John Higgs est décédé par injection létale au pénitencier américain de Terre Haute, une prison fédérale de haute sécurité de l'Indiana. L'exécution de Bowers pourrait potentiellement prendre des années, à l'aune du moratoire du ministère américain de la Justice sur la peine capitale.
Un procès qui s’est tenu dans un contexte inquiétant d’actes racistes et antisémites au plus haut aux Etats-Unis
Ce procès s’est tenu dans un contexte de poussée d’actes racistes et antisémites aux États-Unis, qui ont atteint le niveau le plus haut depuis 30 ans, d’après des statistiques de la police fédérale, le FBI, citées en avril par le Washington Post. D’après l’organisation américaine de lutte contre l’antisémitisme l’Anti-Defamation League (ADL), le pays avait connu en 2021 un nombre record de 2 717 actes antisémites (agressions, attaques verbales, dégradations matérielles…), soit une augmentation de 34 % sur un an. En 2022, cette association a dénombré 3 697 actes antisémites (+36% sur un an), du jamais vu depuis 1979, selon le Washington Post.
Michel Zerbib
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