La demande de «démise en examen» du seul suspect de l’attentat écroué en France a été rejetée le 25 octobre.Et l’on espère encore un procès à l’instar de celui qui s’est tenu à Paris 43 ans après , celui de l’attentats la rue Copernic.
En attendant le bras de fer judiciaire se poursuit dans l’affaire de l’attentat de la rue des Rosiers, survenu le 9 août 1982. Le 25 octobre dernier, le juge d’instruction a rejeté la demande de «démise en examen» et de placement sous le statut de témoin assisté de Walid Abdulrahman Abou Zayed, déposée par ses défenseurs Romain Ruiz et Bruno Gendrin.
Norvégien d’origine palestinienne, extradé par Oslo en 2020, il est le seul suspect mis en examen et écroué en France pour assassinats et tentatives d’assassinat. Trois autres personnes, visées par des mandats d’arrêt depuis 2015, séjournent en Jordanie et dans les territoires sous contrôle de l’Autorité palestinienne. Mais leur extradition a été refusée par les autorités locales.
Le 9 août 1982, peu après 13 heures, un commando de plusieurs hommes faisait irruption dans le restaurant Jo Goldenberg, dans le quartier parisien du Marais
Ils lançaient une grenade, arrosaient clients et employés au pistolet-mitrailleur avant de jeter une seconde grenade, puis de prendre la fuite en tirant dans la rue.
On relevait six morts et plus de vingt blessés. Les armes utilisées venaient de Pologne, ce qui soulignait le soutien du bloc communiste au terrorisme proche-oriental et conduisait les enquêteurs sur la piste du Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR) d’Abou Nidal, groupe palestinien dissident de l’Organisation de libération de la Palestine.
«Deux versions différentes »
Des décennies durant, policiers et magistrats français se refuseront à clore le dossier. Jusqu’aux mandats d’arrêt délivrés en 2015 et à l’extradition d’Abou Zayed par la Norvège, le 4 décembre 2020, suivie de sa mise en examen. Se fondant notamment sur des notes de renseignement déclassifiées et sur trois témoins membres du groupe d’Abou Nidal, la justice soupçonne Abou Zayed d’avoir été l’un des tireurs de la rue des Rosiers.
La défense soutient que son client n’était pas en France le 9 août 1982 et que les trois témoignages sont «fragiles et particulièrement contradictoires». Pour leur demande de démise en examen, Mes Ruiz et Gendrin s’appuyaient aussi sur «un nouvel élément». Entendu le 6 juin, un des trois témoins de l’accusation, le principal aux yeux de la défense, aurait finalement déclaré n’être «pas sûr» d’avoir rencontré le mis en examen, qu’il existait «deux versions différentes» de l’attentat et que, selon l’une d’entre elles, Abou Zayed «n’avait pas participé à cette attaque».
L’instruction n’en démord pas « indices graves et concordants »
Le magistrat instructeur s’appuie lui sur le rejet en 2021 d’une première demande d’annulation de la mise en examen par la cour d’appel. Il maintient l’existence «d’indices graves et concordants à ce stade de la procédure». Les investigations auraient révélé les «séjours dans de nombreux pays» d’Abou Zayed, son implication dans un nouveau crime à Chypre en 1984 et dans des faits commis en Belgique au début des années 1980.
Les parties civiles quant à elles attendent impatiemment un procès
Avocat de plusieurs personnes ayant perdu des proches dans l’attentat ou qui se trouvaient dans le restaurant, Me David Père souligne dans Le Figaro que ses clients «disent qu’ils pensent très régulièrement à cet attentat, qui a bouleversé leur vie». L’un d’eux lui a confié: «Je n’ai qu’un seul souhait, c’est de pouvoir croiser son regard.» Et l’avocat de conclure: «Nous avons vu avec le procès Copernic que la justice française savait juger avec professionnalisme et dignité des attentats très anciens. Il nous semble que cette procédure mérite également un procès public.
Au-delà de ces passes d’armes, un enjeu se dessine d’ores et déjà: celui, le jour venu, de l’état de santé physique et mental d’Abou Zayed, 63 ans, qui selon ses défenseurs se dégraderait fortement.Car, comme c’est le cas dans tous ces dossiers anciens, le temps, la maladie et la mort accompagnent la procédure.
Michel Zerbib
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